Aveuglé, dès la porte franchie. Les deux yeux ne forment qu'un espace où flottent des amibes de lumières. La fraction de temps que dure le phénomène est aussi la mesure de l'éternité. Vous ne voyez que la pierre, suspendue. Immobile au centre de l'espace. Fermée. Noire. Un trou dans la lumière. Votre main s'agrippe au chambranle de la porte. Le temps ruisselle dans le cou et bat dans la poitrine. Il n'y a aucune ombre, aucun point d'appui. Si la structure était parfaite, elle n'existerait pas. Et vous deviendriez tous les points de l'univers en un seul et multiples. Simultanément. Il est encore temps de sortir. Rester c'est prendre le risque de mourir. Et de vivre. Vous cherchez des yeux éperdument. Puis vous les fermez et vous voyez. L'espace entier. Alors vous êtes la pierre. [...] Extrait de Au centre, suspendu. Manuel Van Thienen (poésie). Ed. L'Ancrier. |
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